ET SI POUR REFORMER L'ETAT ON AVAIT BESOIN DES FEMMES ?
Faut-il que l'Etat soit au pied du mur pour qu'il évolue ? Après de nombreux rapports et tentatives, la réforme de l'administration reste abstraite pour la plupart de nos concitoyens. Les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des espoirs qu'elle a fait naître.
Nous, femmes fonctionnaires dans des fonctions de responsabilité, refusons la fatalité d'un Etat qui, faute de se réformer, pourrait se déliter lentement. L'exercice de responsabilités n'a de véritable intérêt qu'au vu des résultats produits pour la société. Nous voulons savoir quel service est à rendre aux citoyens, aux entreprises. Nous aspirons à un service public plus proche et plus à l'écoute de la population. Nous souhaitons que des changements permettent aux agents de 1'Etat d'être davantage fiers de leur action au service de la société. Nous voulons que le service public soit performant.
S'engager sur des objectifs, s'améliorer en fonction des résultats obtenus nous paraît essentiel. Ce principe, nous souhaitons le mettre davantage en œuvre, le vivre plus au quotidien.
DECLENCHER UN CERCLE VERTUEUX DE MODERNISATION
Nous faisons le pari que l'administration peut mieux s'adapter aux besoins des publics. L'administration doit recentrer son action autour du respect des engagements pris par l'Etat devant ses clients et usagers (citoyens, entreprises, collectivités, agents de l'Etat, autres administrations elles-mêmes) : développement et respect des engagements sur les résultats, sur les délais de réponse ou de prestations, sur la qualité du service ; transparence de l'information. Il s'agit d'amorcer un cercle vertueux de changement en profondeur.
Et si l'on mettait enfin en œuvre des mesures de modernisation qui ont déjà fait leurs preuves :
Changer des méthodes essentielles de fonctionnement interne
Certaines peuvent être appliquées dans des délais très rapides :
Inciter au travail en réseau des administrations, au partage de savoir-faire, en valorisant le management collectif et interministériel : création ou développement de fonctions de pilotage de projets, de fonctions d'expertise et de prospective (au niveau gouvernemental comme dans l'organisation interne de chaque ministère), avec prise en compte positive dans la carrière.
Exiger la définition de profils de compétences pour les postes d'encadrement ou d'expertise intermédiaires ou supérieurs, et adopter des méthodes d'évaluation, en cohérence avec ces profils ; obtenir la publicité des emplois à pourvoir pour les postes à la discrétion du gouvernement. Cette pratique permettrait de mieux sélectionner les cadres de l'administration, notamment le management supérieur, pour lequel devrait être pris en compte systématiquement les capacités de direction d'équipe, d'animation et de motivation des hommes.
Expérimenter de nouveaux modes d'organisation du travail : meilleure gestion du temps collectif (par une formation systématique de l'encadrement à la gestion du. temps, aux techniques de réunions, à la conduite du changement), télétravail à différents niveaux hiérarchiques,....
Le changement des méthodes de management quotidien est indispensable, il doit permettre de mettre en œuvre plus rapidement et de manière plus efficace les réponses que l'Etat apporte aux citoyens. Pour autant il ne suffira pas à fixer clairement les engagements de l'Etat et le respect de ceux-ci par l'administration :
Mieux fixer ce qui est à faire
Les politiques publiques exigent une action à trois niveaux de l'administration :
Analyser la véritable attente des « clients », citoyens, collectivités, associations ou entreprises, avec des bilans socio-économiques : mettre en regard le coût et les avantages des services actuellement rendus par l'administration, pour améliorer ses pratiques de travail ; accepter l'écoute du public, le dialogue avec lui. Réorienter les modes d'intervention (allier action et information par exemple). Une telle réflexion est fréquente dans le monde de l'entreprise, notamment publique, et a déjà été pratiquée dans certains services de l'administration avec profit. Elle devrait être étendue et devenir une préoccupation permanente.
Anticiper les évolutions de la société : réfléchir aux évolutions à moyen terme (sur cinq ans) de manière structurée, dans chaque administration, et en interministériel, avec l'implication des services opérationnels et pas seulement des structures de prospective.
S'organiser pour répondre à ces deux nécessités : notamment mettre en œuvre des objectifs collectifs et individuels pour chaque administration, avec les critères d'évaluation correspondant, à tous les niveaux de la hiérarchie ; et par ailleurs développer les actions pluriannuelles.
Bien que le travail à accomplir soit très important, nous sommes convaincues qu'un tel ensemble de mesures est de nature à permettre à l'Etat de tenir des engagements vis-à-vis du public, citoyens et entreprises, et de retrouver une crédibilité là où il l'a perdue.
S'ENGAGER POUR RELEVER LE DEFI
Le défi est collectif pour l'ensemble de la fonction publique ; il concerne tout particulièrement son encadrement supérieur.
Nous prenons pour notre part l'engagement de mobiliser toutes les ressources à notre portée pour contribuer à l'amélioration de l'efficacité de l'Etat au service du public: meilleur dialogue avec les autres administrations, meilleur management de nos équipes, innovations en termes d'organisation du travail. Nous avons décidé de réfléchir et travailler ensemble pour faire avancer la modernisation.
Nous prenons le pari que la réforme de l'administration peut tirer parti du sens du service public des agents. L'Etat peut prendre appui sur eux, et en premier lieu sur nous-mêmes, femmes haut fonctionnaires, pour relever le défi de la modernisation.
Nous n'aboutirons pas seules. Nous savons que les initiatives de nombreux collègues se développent sur le terrain pour offrir un service de qualité aux usagers.
Mais la mobilisation doit être collective et devra impliquer tous les niveaux de l'Etat. Qui veut nous rejoindre ?
