Administration moderne
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Portraits de fonctionnaires

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Caractères à la mode de La Bruyère

Arrias et Zénon

Arrias a le teint frais, le visage plein, l'œil assuré, les épaules larges, la démarche ferme , et délibérée. Il parle avec confiance, il fait répéter celui qui l'entretient, et ne goûte que médiocrement ce qu'on lui dit. Il adore s'écouter. Il occupe à table et au bureau plus de place qu'un autre. Il tient le milieu, il s'arrête et l'on s'arrête. il continue de marcher et l'on marche. Tous se règlent sur lui. Il interrompt, on ne l'interrompt pas; on est de son avis. S'il s'assied, vous le voyez s'enfoncer dans son fauteuil, croiser les jambes l'une sur l'autre, froncer le sourcil. Il est impatient, enjoué, présomptueux, colère, politique, mystérieux sur les affaires du temps. Il est de ceux qui s'exaspèrent quand on lui cite tel collaborateur persan qui organise son temps pour prier quelques minutes : " Comment peut-on être persan ? " dit-il. Il se croit des talents et de l'esprit. Il a vécu au XXème siècle. C'est un dirigeant. C’est un homme.

Zenon a le teint frais, le visage plein, l'œil assuré, les épaules plus étroites, la démarche ferme. Il parle avec fond, écoute avec plaisir, observe avec attention. Il n'est pas du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir; il préfère manier l'efficacité et le résultat concret. Il applique avec passion à son métier sa foule de connaissances, son flair, son expérience et la chance. Il sait manier cette logique inductive qu'est l'intuition, autant que le raisonnement déductif. Il ne craint pas le hasard. Il respecte les hommes, il sait encourager ses équipes, il recherche le consensus. Il apprécie les différences. Il vit au XXIème siècle. C'est un dirigeant du futur. C’est un homme, ou une femme.

Texte d’Agnès Arcier

Tircis

 

" Tircys a le teint pâle, résultat de son lourd travail. Elle est soucieuse, inquiète ; elle craint toujours de n'en pas faire assez. Elle a un regard très dur sur elle-même et se juge sans complaisance, mais aussi sur autrui, à qui elle en veut de prendre le travail moins à cœur qu'elle même. Elle fait de nombreux sacrifices et en veut à ceux, et à celles, qui ne consentent pas les mêmes. Elle trouve scandaleux que les jeunes essaient d'échapper aux tâches initiatiques qu'elle a elle-même dû subir à son arrivée dans le palais. Elle va répétant que le travail n'est pas reconnu, que ce sont toujours les courtisans, ceux du sérail, qui l'emportent. Son besoin insatiable de justice dissimule en fait sa crainte que ses propres mérites ne trouvent pas de récompense. Elle juge qu'elle n'a pas de chance et blâme, selon les jours, l'ingratitude du monde ou son manque de talent. Pour ressembler à ce qu'elle n'est pas, elle a fait taire en elle joie de vivre, vocation et créativité.

Certains au palais ont pour Tircys une certaine estime et une sorte d'affection, mais jamais on ne songe à elle pour les hautes équipées. Beaucoup de nos femmes auraient risqué de ressembler à Tircys, mais c'était il y a bien, bien longtemps... "

Texte d'Agnès Fontana

Le M.D.A.

Anti-Portrait
ou
Le portrait dans lequel nous ne nous reconnaissons pas et qu’heureusement on ne rencontre jamais dans l’administration

 

Parmi tous les moyens disponibles pour couler un projet ou un service, un des plus efficaces est de mettre à leur tête un manager “ M.D.A. ” .

Vis-à-vis des partenaires extérieurs, le “ M.D.A. ” peut faire illusion. Intelligent, rapide, il sait manier les concepts à la mode et surfer sur l’écume du réel.

C’est vers l’interne que le “ M.D.A. ” donne toute sa mesure. En effet pour lui, asseoir son pouvoir sur des projets “ décoratifs ” susceptibles de le faire “ mousser ” prime sur la bonne gestion des dossiers.

Sa pratique “ courante ” est exempte d’états d’âme : doté d’un ego hypertrophié, il fonctionne sur un rapport dominant/dominé et ne prend jamais en compte le point de vue de l’interlocuteur.

Ses compétences sont multiples et variées :

- Il met systématiquement sous pression ses subordonnés, sur des enjeux la plupart du temps déconnectés du réel, sous forte contrainte de délais, en donnant des consignes contradictoires à peu de temps d’intervalle,

- Il ne s’interdit jamais une indélicatesse notoire,

- Il n’assume jamais rien, mais reporte sur l’autre la responsabilité de ses propres incohérences : “ Vous n’avez pas compris, ce n’est pas ce que je vous avais demandé ”,

- Il n’est jamais satisfait et apparaît toujours en “ sauveur ” des situations.

La conséquence de ces comportements est la mise en difficulté du subordonné, insécurisé, accablé de notes et travaux divers, sur des sujets pour lesquels il n’est pas toujours équipé. Pendant ce temps, les tâches de fond ne se font pas, ou dans de mauvaises conditions. C’est d’autant plus irritant que les notes, précédemment qualifiées d’urgentes, soit restent “ sous le coude ”, soit ne sont pas lues ou bien à la dernière minute : la décision qui tombe alors comme un couperet est source de nouvelles difficultés.

Le résultat est la démotivation rapide du collaborateur, imprégné du sentiment qu’il a perdu toute marge d’autonomie et d’initiative, est “ instrumentalisé ” par sa hiérarchie. Le travail n’a plus d’autre sens qu’alimentaire.

Mais le "M D A" (moi d'abord) est capable de faire encore mieux, et d’atteindre des sommets en matière de pratique “ hostile ” : manager par le mépris, sur le mode de la défiance, jusqu’à la négation de l’autre. Les plus doués parviennent alors aux raffinements du “ harcèlement moral ”.

Texte d'Elisabeth Arnold

Elle aime Stendhal...

tout particulièrement lorsqu'il écrit : "l'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation ; elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain..." encore qu' à ce conditionnel, elle préfère y opposer le présent, voire le futur... volontaire et déterminé !

Volontaire et déterminée, tels sont les sont les qualificatifs qui lui conviennent. Femme aujourd'hui mi-centenaire, marseillaise déracinée (un peu moins, 20 ans après) ancienne maître-auxiliaire admise à l'E.N.A. en 1986. L'ENANAS bien mûres comme se plait à lui rappeler élégamment un "autre promu" et plus vertement encore lorsqu'elle le devancera au classement final (affection au MINEFI - Direction générale de la comptabilité publique).

Les autres obstacles à surmonter?

Ceux de tout un chacune : la varicelle des enfants (deux filles adoptées en Polynésie et au Vietnam), en même temps que le banc du commissaire de gouvernement (de préférence jusqu'à 1 heure du matin dans l'hémicycle quasi déserté), la baby-sister défaillante au petit matin, LE jour du séminaire et toujours les réunions d'encadrement à l'heure des vêpres...ou le plébiciste à 98 % du genre masculin.

Obstacles que tout cela? non! plutôt leviers !

Le sentiment d'être pionnières de tracer (ou y contribuer) le chemin au féminin sans concession... mais avec une certaine hauteur de vue. C'est tout le sens de mon adhésion à l'association que préside Agnès Arcier : être actrice de son propre roman, de celui écrit par l'Etat : un rôle à décliner infiniment !!

Texte de Jacqueline Boutin

Administration moderne est une association interministérielle de femmes hautes fonctionnaires, créée en 1998, qui n'exclut pas l'adhésion d'hommes en tant que membres associés.

Forte de 150 membres, son objectif depuis l'origine est d'une part d'être un réseau professionnel transversal rassemblant des femmes, et d'autre part d'être une force de propositions auprès des décideurs publics nationaux, notamment sur la modernisation de l'action publique et-ou l'apport de la mixité.

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